Donner de la voix

Malte, ils ont pris des sifflets et soufflé aussi fort qu’ils pouvaient. Pour que la voix de Daphne Caruana Galizia ne s’éteigne pas. Pour que le message de cette journaliste, qualifiée de “Wikileaks à elle tout seule”, ne disparaisse pas avec son assassinat. Pour que ses enquêtes, où elle dénonçait sans relâche la corruption des élites de l’île, ne soit pas oubliées, ils sont descendus, plusieurs fois, dans la rue. En brandissant des pancartes, indiquant fermement au gouvernement, à la mafia, à quiconque tenterait de leur confisquer la parole: On ne nous fera pas taire.

Nous aussi, aux Journalopes, on est persuadées que la parole a ses vertus. Et qu’il faut, tant qu’on peut, dénoncer, parler, crier, … Tiens, regarde. Rien que la semaine dernière, à Moscou, Tatiana Felguengauer, animatrice de la radio Echo de Moscou, a été poignardée au cou, en pleine rédaction. Si le Kremlin a rapidement dénoncé le geste d’un “fou”, plusieurs journalistes russes ont pointé du doigt une atmosphère “hostile” envers les voix critiques, “encouragée par le gouvernement”. “Y a-t-il un lien entre Tatiana Feguengauer et son agresseur ? Peu probable. Y a-t-il un lien entre elle, lui et l’atmosphère de haine ? Précisément”, a attaqué une chroniqueuse russe. La journaliste, dont les jours ne sont plus en danger, se trouve encore dans un état grave.

Parler, parfois, est difficile. Surtout quand on doit faire face à des gens qui ne savent pas accueillir la parole. Ce mois-ci, on a recueilli les témoignages de victimes de viol, quand elles ont voulu porter plainte, au commissariat. Elles doivent encore affronter des commentaires hallucinants. Un exemple ? “Vous n’avez pas l’air très cohérente. Je crois que vous mentez et je vais me faire un malin plaisir de le prouver“. Un autre ? “Il (le policier) sous-entendait que si j’acceptais certaines pratiques sexuelles dites “de soumission”, alors mon fiancé aurait pu croire que mes refus et mon état de prostration étaient un jeu (…) Je me suis rendu compte que ça l’excitait”. L’intégralité de l’enquête est à retrouver sur Slate.

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Ça,c’est quand on attendait de pouvoir rentrer, avec les autres journalistes. On s’occupe comme on peut.

Et puis il arrive qu’on perde sa voix. Tu sais, quand l’émotion est tellement forte qu’aucun son n’arrive à sortir de la bouche. Si tu nous suis depuis quelques temps, tu dois savoir qu’on couvre régulièrement l’actualité en Turquie, où plus de 150 journalistes sont aujourd’hui emprisonnés. La semaine dernière, lors d’un énième procès, alors que le juge a annoncé que deux journalistes restaient derrière les barreaux, la salle, remplie de leurs collègues, a été incapable de pousser le moindre cri de révolte. Tout le monde était trop occupé à ravaler ses larmes. Le compte-rendu de cette journée est à lire sur Arrêt sur Images.

Enfin, pour donner la parole à ceux qu’on entend trop peu, on est allées discuter avec deux hommes noirs, pour notre émission Les Couilles sur la tablediffusée sur Binge Audio. On y parle notamment des stéréotypes quotidiens auxquels ils doivent faire face. Et des clichés qu’ils doivent affronter jusque dans leur lit, quand une femme sort à l’un d’entre eux, alors qu’ils s’apprêtent à faire l’amour : “Tu sais, je crois que j’ai l’âme black”.

En voilà une qui a perdu une bonne occasion de se taire. Comme ceux qui ont attaqué la journaliste Nora Bouazzouni. La jeune auteure a publié Faiminisme, un livre sur les rapports entre genre et gastronomie. Depuis, elle se fait traiter, au choix de “grosse salope”, de “pute” ou de “mal baisée”. Pour avoir écrit un bouquin. Normal.

A Nora, mais aussi à toutes celles qui ont osé parlé ces dernières semaines, on fait un gros hug virtuel. Avec une mention spéciale à Anne Saurat-Dubois, qui a déposé plainte contre Eric Monier, directeur de la rédaction de France 2 à l’époque.


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Cette semaine, si tu veux nous croiser, vas donc faire un tour à la galerie Xhippas, à Paris. La photographe Bettina Rheims a réalisé une série de portraits avec les Femen. Sur les clichés, les militantes, le regard rivé sur l’objectif, posent telles qu’on est habituées à les voir, un slogan barrant leur poitrine nue. C’est fort, puissant. Politique. Mais Facebook a trouvé ça indécent. Et a censuré les profils qui avaient “oublié” de flouter les tétons des activistes. Du coup on te les remet ici.

Tu peux aussi te rendre à la conférence (gratuite) organisée par nos amies de Prenons la Une, qui se demandent si les médias sont prêts pour l’écriture inclusive. Tu sais, la règle qui fait en sorte que le masculin ne l’emporte plus sur le féminin ; ce “péril mortel” pour l’Académie française.

On va aussi faire un tour au festival Les étoiles du documentaire, au Forum des Images. On a hâte de découvrir la vie de ces femmes, qui n’ont pas le droit d’être enceintes en Chine, ou l’histoire de ces enfants, élevés en prison parce que leur mère est enfermée.

Et pour occuper tes soirées sous la couette, en voilà deux qui ont la langue bien pendue : Mélanie Wenga et Clémentine Gallot. Elles ont adapté en podcast leur newsletter hebdomadaire, Quoi de meuf ? Le premier épisode est , il est question de sorcières, de Japon, de séries et c’est aussi drôle qu’instructif.

Allez, big bisous bien bruyants,

Les Journalopes

1 Comment

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Jamesreply
March 13, 2015 at 03:03 PM

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